Manifeste
Suivre les tendances, loin des écrans
Les réseaux sociaux ont été créés suivant un concept pernicieux : une invention exclusivement destinée aux adultes, que les enfants chercheront à s’approprier de manière subversive, comme tout ce qui leur est contre-indiqué. En résulte un aller simple du monde des enfants vers celui des adultes, sans aucun retour en arrière possible. Une situation qui accompagne mal le vieillissement d’une population où chacun accède plus rapidement que jamais à la vie d’adulte et de consommateur, rythmée par un éternel cycle « désir de l’objet - assouvissement du désir par l’achat ». En proposant un objet destiné aux enfants mais que les adultes sont autorisés à s’approprier comme leur, Ryvdoll renverse cette tendance. En leur offrant la possibilité de s’isoler provisoirement dans une bulle d’innocence, Ryvdoll jette un pont entre le monde des adultes et celui des enfants, revitalisant ainsi une imagination et concentration durement éprouvées par l’omniprésence des écrans. Pour les mêmes raisons qui poussent les architectes à préférer des maquettes à des simulations informatiques ultra performantes, Ryvdoll redéfinit, à travers une ré-appropriation sensible, notre rapport à l’objet. La reproduction miniature, sous forme de maquette ou de poupée en papier, et sans même se rapporter à quelque parfum de nostalgie, soulage le chaos et vertige auxquels nos esprits sont en proie. Car la propriété encombre l’esprit, les objets venant, par leur histoire, leur symbolique - significative ou non - et l’espace physique occupé, étager notre cerveau. Très vite, ces objets, trop nombreux et trop encombrants, viennent à faire chanceler l’étagère, l’esprit se trouvant incapable de se les représenter. Vêtements, consommés sans modération, et qui malgré toute la valeur qu’on leur accorde, peuvent susciter davantage d’angoisse que d’enthousiasme.
Ryvdoll et son format miniature, englobant d’une seule prise de vue un ensemble qui n’est plus ni maîtrisable ni même visualisable par l’esprit, apporte un réconfort qu’une garde-robe de poupées serait bien en mal d’imiter, car même la petite chemise sur son cintre viendrait se fondre dans la masse informe du placard.
Ryvdoll propose une offre hybride entre la virtualité des jeux vidéo et des réseaux sociaux, et une expérience « shopping ». Tandis que le suivi rapproché des tendances et le renouvellement continu la rapproche des réseaux sociaux, le sentiment d’atteindre satiété l’en éloigne. Si l’on prend comme échelle la frustration créée par l’interminable « scrolling » de nouveaux objets de désir sur les réseaux sociaux.
Ryvdoll se distingue par un concept qui lui est propre : celui de « l’image-objet ».
Autrement dit, un objet qui, plus qu’une simple image ou photographie, en incarne la symbolique, tout en offrant une dimension plus interactive et satisfaisante que l’image seule.
L’image-objet peut désigner toutes sortes de choses — y compris de simples images (comme des cartes à jouer ou des timbres) — à condition que leur intérêt ne réside pas uniquement dans leur contemplation, mais aussi dans leur manipulation, d’où découle une activité de nature ludique, pédagogique, créative ou divertissante.
Ainsi, l’image-objet implique une interaction avec son manipulateur, interaction par laquelle se déploie une nouvelle dimension : un univers d’imagination et de créativité.
L’utilisateur quitte la position passive qu’il occupe face à un écran pour devenir acteur de l’image. Ce passage du regard à la main est au cœur du concept : manipuler l’image, c’est aussi en modifier la signification, l’émotion, la narration.
On possède l’idée de la pièce de vêtement ou d’accessoire, mais sous une forme « sonnante et trébuchante » et ainsi on assouvit un désir. Il s’agit ici de posséder un objet physique que l’on place sur une poupée puis une armoire aimantée, sans nécessairement en posséder le modèle d’origine. Ryvdoll propose ainsi de réinventer notre manière de consommer sans promouvoir une haine de la consommation commandant un changement radical loin d’être à la portée de tous. Ryvdoll offre la possibilité de clore le cycle « désir de l’objet - assouvissement du désir par sa consommation », tout en répondant à un besoin tout aussi tangible que l’original « grandeur nature ».
Car peut-on réellement assouvir un désir d’acheter? Existe-t’il une véritablement satisfaction dans l’achat d’un énième sac, objet de nos désirs depuis des mois, si ce n’est des semaines ou des jours à l’ère des micro-modes?
Loin de calomnier nos habitudes de consommation récusables mais profondément ancrées, il s’agit de les tolérer et d’en réduire la portée, aussi bien à un niveau individuel que sociétal et environnemental. De la même manière que si l’on admet volontiers que les réseaux sociaux sont toxiques et puérils, cela ne nous empêche pas d’y passer du temps.
Dès lors, d’où provient ce strict cloisonnage des activités destinées aux adultes, et ce regard méprisant sur celles destinées à l’enfance, âge de développement, de la curiosité et de l’épanouissement ?
N’obéissons-nous pas à un simple étiquetage davantage qu’à une inclination propre ? Ne devrait-on pas mettre en doute la doxa d’une société tolérant par ailleurs la végétation morbide devant les téléphones portables ?
A l’image de l’Art, Ryvdoll souhaite s’adresser à tous. La plupart d’entre nous nous rendons aux expositions ou musées avec l’humilité de celui qui apprend. Car la majorité d’entre nous disposons de connaissances superficielles, formant un bagage à peine plus lourd que celui d’un enfant, à ceci près que l’apprentissage et l’absorption d’informations constituent son pain quotidien. L’adulte et l’enfant sont donc égaux devant l’observation de l’Art. Pourquoi ne pas transférer ce schéma d’égalité sur certains concepts catalogués comme enfantins, tels que le jouet ; si l’on entend par « jouet », un objet que l’on manipule pour son amusement propre.
L’activité manuelle nous permet d’avoir une appréciation différente du temps et de l’espace.
Par opposition, le simulacre de repos que l’on croit accorder à son esprit en s’en remettant passivement à son téléphone se traduit par une forme de renoncement et de dévalorisation du temps. Le retour élémentaire du contact avec l’objet physique régénère l’esprit et apaise l’anxiété en suspendant la surexposition aux interactions et comparaisons sociales permanentes. C’est dans sa bulle de concentration et de créativité que s’épanouit le bien-être mental.